Bonjour à tous
C'est avec grand intérêt que je viens de parcourir tous les fils de discussion liés aux solutions potentielles de motorisation du projet Windrider.
Tout comme Georges l'évoquait, la solution basée sur une turbomachine type turbopropulseur (donc similaire à la version initiale de l'I80) me semble réaliste et compétitive. Voici quelques éléments pour étayer cette position :
1) Infrastructures
Rendre le véhicule autonome simplifie considérablement l'infrastructure des voies (pas d'alimentation nécessaire) et leur coût de construction et de maintenance.
2) Performances
Les turbopropulseurs constituent sur le plan physique la solution de motorisation la plus rentable énergétiquement, avec des rendements propulsifs (ratio du travail obtenu par rapport à la puissance fournie) de l'ordre de 0.97 / 0.98 (à comparer à des rendements de l'ordre de 0.85 pour des moteurs électriques si mes souvenirs de ce domaine sont bons).
Les turbopropulseurs ont souffert dans le domaine aéronautique d'un handicap considérable : leur incapacité à assurer les vitesses de vol des avions commerciaux actuels, soit aux alentours de Mach 0.8 (nombre de Mach = ratio vitesse réelle / vitesse du son. Mach = 1 correspond au "mur du son"). En effet, l'aérodynamique des hélices les plus courantes les limite à des Mach de l'ordre de 0.6, insuffisants pour assurer des temps de vol commerciaux corrects. Cette contrainte n'en est pas une dans le cadre d'un projet de véhicule terrestre, puisque les vitesses envisagées (300 à 400 km/h) correspondent à des nombres de Mach bcp plus faibles (0.2 - 0.35).
Par ailleurs, une forte synergie avec l'industrie aéronautique est plus qu'envisageable sur ce point. En effet, les récentes augmentations du prix du pétrole ont conduit tous les motoristes aéronautiques majeurs à s'intéresser de nouveau aux solutions basées sur les hélices. Il n'est donc pas improbable que l'utilisation potentielle sur un véhicule terrestre d'une motorisation développée dans le cadre d'études aéronautiques intéresse l'un de ces motoristes, permettant soit le partage de coûts de développement, soit la réutilisation d'un matériel existant.
Dans cette optique de réutilisation de matériel existant, je me suis livré à qques petits calculs destinés à estimer le besoin de motorisation du projet Windrider.
Si on laisse de côté l'aspect sustentation (de mémoire sur aérotrain ce n'était pas le poste majeur de la puissance nécessaire, et il était de toute manière assuré par une motorisation distincte de celle assurant la propulsion), le besoin en motorisation ne dépend que de 2 facteurs :
a. La vitesse d'avancement visée => hypothèse de 320 km/h pour Windrider
b. Les caractéristiques aérodynamiques de la plateforme : en gros il s'agit du coefficient de traînée S.Cx (connu pour les voitures par exemple). Difficile à estimer ... Je suis donc parti des éléments connus de l'I80HV : un réacteur de 14000 lbf (jt8d-7) parvenait à le propulser à 430.4 km/h. Ceci nous donne un coefficient S.Cx de l'ordre de 6.05. Ce coefficient inclut non seulement la traînée de frottement sur le fuselage du train et la traînée de pression due à son maitre couple, mais également la traînée de captation des entrées d'air nécessaires à la propulsion et à la sustentation.
En appliquant le même processus de calcul inversé sur un projet circulant à 320 km/h, on obtient un besoin de poussée d'environ 29 300 N, soit une puissance moteur aux alentours de 2700 kW. Cette gamme de puissance est fort proche des turbomoteurs pour hélicoptères Turbomeca par exemple.
En termes de consommation, on peut considérer pour un turbopropulseur fonctionnant au niveau du sol dans ces gammes de vitesse une consommation spécifique de 0.295 kg/daN/h (kg de carburant consommé par heure et par décanewton de poussée fournie).
En d'autres termes, une consommation carburant d'environ 1000 kg/h.
Il ne s'agit là évidemment que de calculs très approximatifs, mais qui donnent des ordres de grandeur à peu près réalistes des niveaux mis en jeu pour un tel concept. Le point le plus remarquable dans le concept est qu'il y a (contrairement à un train classique ou une automobile) découplage quasi total entre la propulsion et la sustentation, ce qui allège considérablement les contraintes sur la propulsion (en gros, les chiffres ci-dessus montrent que l'on parvient à propulser un véhicule de 80 passagers à 320 km/h avec la puissance d'un hélicoptère ...).
3) Acoustique
Il est évident que l'utilisation d'une hélice ne va pas dans le sens d'une discrétion absolue sur le plan acoustique ... Néanmoins, on peut envisager au moins 2 éléments de conception allant dans le sens d'une réduction de bruit :
a. Augmentation du diamètre de l'hélice (plus celui-ci est élevé plus le bruit produit est faible)
b. Carénage de l'hélice : cette solution a été mise en oeuvre de manière rudimentaire sur l'I80 et aurait certainement demandé à être affinée
c. Masquage acoustique : sorte de carénage lointain (qques dizaines de cm de l'hélice), destiné à réfléchir le bruit sur les zones les plus exposées (en dessous et sur les côtés de l'hélice)
4) Freinage
Les hélices présentent la propriété remarquable de fonctionner presque aussi bien dans un sens que dans l'autre : inverser le calage (angle des pales) d'une hélice revient à inverser le sens de la force produite. Le freinage du véhicule peut donc être assuré à 90% par l'utilisation de l'hélice en position "reverse". Encore une fois rien de bien nouveau, ceci ayant déjà été mis en application sur le I80 première version.
5) Emissions polluantes
Un moteur à combustion tel qu'un turbopropulseur ne peut évidemment prétendre à des niveaux de pollution équivalents à ceux d'un moteur électrique ... Néanmoins, les turbopropulseurs constituent le meilleur compromis entre performance et pollution, avec des niveaux de NOx parmi les plus faibles au niveau du sol (lié à un fonctionnement à relativement basse température de combustion), des émissions de particules type HC nulles, et un niveau de CO² directement proportionnel à la consommation carburant, donc parmi les plus faibles pour un moteur à combustion au niveau du sol.
En espérant que ces quelques éléments contribuent à alimenter la discussion, je suis à votre disposition pour toute précision complémentaire !
